ANALYSE D’UNE ŒUVRE
SOUS LE REGARD DU MEDIATEUR PROFESSIONNEL

I- LE REGARD DU MEDIATEUR PROFESSIONNEL La fresque de gauche : La GUERRE

La fresque de gauche représente la guerre. Des chevaux de guerre transportent un être cornu, armé d’un couteau ensanglanté. Ce diable contraignant porte sur son dos un sac dans lequel sont entassés des crânes humains. Il constitue par la même la représentation de la domination.

Sur le premier plan, deux mains peintes apparaissent dans une sorte de trou noir. Un livre en feu est piétiné par des chevaux.

Dans le fond, au centre du tableau, gesticulent des hommes armés et menaçants, représentés en ombres chinoises.

Telles les ombres enchaînées dans l’allégorie de la caverne de Platon, ces ombres chinoises représentent des individus en adversité, limités dans leur représentation de la réalité.

Ils vivent dans l’illusion et l’ignorance (je ne sais pas que je sais ; je ne sais pas que je ne sais pas) de leurs propres idées, vérités et préjugés (PIC: Prêts d’intention, interprétation, contrainte), ce qui est renforcé par l’image du livre piétiné pouvant représenter une ouverture vers un monde extérieur et par conséquent la connaissance d’autres visions de réalités.

Les deux mains peintes dans une sorte de trou noir font bien entendu écho à celles retrouvées dans les grottes préhistoriques et symbolisent l’impossibilité de se libérer des PIC et de sortir de la caverne. Ces mains enfermées dans un trou noir représentent un monde d‘emprisonnement ce qui implique que les personnages sont dans l’impossibilité d’accéder à une autre réalité que celle dans laquelles ils évoluent.

Ces personnages sont enfermés dans les PIC tels qu’identifiés dans la médiation professionnelle.

En tout état de cause, PICASSO décrit un monde d’adversité et de domination, dans lequel les personnages semblent incapables d’échapper à leur préjugés, prêt d’intention et vision contraignante de la réalité.

Pourtant, sur la gauche de cette même peinture, et en contraste avec ce monde infernal, apparait sur un fond bleu un homme nu, muni d’un bouclier orné d’une colombe, symbole de paix.
Ce personnage tient également une lance sur laquelle est suspendue la balance de la justice.

Cet homme de Justice (symbolisé par la balance de la justice) et de Paix (symbolisé par la Colombe) semble représenter une transition entre les deux univers manichéens de guerre et de paix.

Doit-on y voir l’image d’un médiateur professionnel ?


De part ses attributs de justice et de paix, il s’en éloigne nécessairement, en ce qu’il n’est plus un personnage neutre, indépendant et impartial. Ce personnage n’aborde donc pas une posture de distanciation par rapport aux parties et à l’autorité, posture essentielle du médiateur professionnel.

Il s’éloigne d’avantage de l’image du médiateur en ce qu’il n’est pas altérocentré, car en position défensive, protégé par un bouclier.

L’alrérocentrage étant une disposition d’accueil et non de défense, ce personnage ne peut être un acteur de reconnaissance pouvant aider les personnes à la réflexion et à l’implication.

Toutefois, une analyse plus attentive de l’œuvre permet de déceler que le bouclier, sur lequel est clairement représenté une colombe laisse apparaitre en filigrane le visage d’une femme.

Cette femme est identifiée par certains experts comme étant Françoise GILOT, la compagne de Picasso.

D’autres y décèleront la méduse, gorgone ayant le pouvoir de pétrifier ses ennemis, par son simple regard.

En outre, le médiateur professionnel reconnaîtra peut-être en cette gorgone un miroir réflecteur de reconnaissance. (reconnaissance de la maladresse, légitimité du point de vue, bonne intention pour soi). permettant de « laisser aller » progressivement les PIC (Prêt d’intention, interprétation, contrainte), éléments nécessaires et parfois douloureux (d’un point de vue émotionnel) de la déclinaison conceptuelle destinée à faire sortir les ombres ignorantes de leur caverne.

Dès lors, l’image de cette gorgone permet de mettre en exergue l’une des étapes du processus de médiation qui n’est autre que la décliaison conceptuelle, laquelle nécessite un « lacher prise » sur certains obstacles à la communication, que sont par exemple les soupçons, les préjugés etc.

Cette dernière interprétation du bouclier permet d’effectuer une comparaison entre le le personnage de Picasso et le médiateur, réflecteur de reconnaissance qui autorise par son professionalisme une remise en cause des croyances des parties ainsi qu’une prise en compte du point de vue de l’autre et de sa légitimité. Il est un acteur du raisonnement aporétique.